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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 11:26
Bonjour,

Je viens d’être informée de votre appel à témoins concernant les évènements
du samedi 14 mai dernier.

M’étant malheureusement retrouvée au « mauvais endroit, au mauvais moment »
cette nuit là,  je vous livre mon témoignage… qui j’espère suscitera des
réactions productives pour poursuivre la lutte contre toutes les formes
d’idéologies découlant sur la violence et la haine raciale.

« Samedi 14 mai vers 14h00 je me promène comme à mon habitude, dans mon
quartier du Vieux Lyon. J’avais bien entendu parler de la fameuse « Marche
des Cochons »  rebaptisée «Rassemblement pour la Liberté » (sic) organisée à
l’initiative du Bloc Identitaire qui devait se tenir cet après-midi là sur
la place Saint-Jean. Mais la scène à laquelle j’ai assisté a surpassé, dans
l’horreur, ce que j’avais pu imaginé. Se tenaient là, près de 200 personnes
(à vu d’œil) toutes venues écouter et applaudir un grossier prêche
islamophobe débité par un des leaders du Bloc. Le discours savamment délivré
en anglais, afin de passer plus « inaperçu », était parsemé de phrases types
comme, et je cite avec un goût amer en bouche : « les musulmans n’ont pas
leurs place France, ils n’obéissent pas à nos règles »… J’en passe des pires
et des meilleures. Au-delà du choc d’être confrontée à de tels propos,
autorisés en place publique sur le sol de la République française, je me
suis d’abord posé la question suivante : dans la mesure où le droit à la
liberté d’expression découle sur l’incitation à la haine raciale ainsi que
sur l’apologie de la violence et de la doctrine néonazie, comment la
préfecture a-t-elle pu donner son aval à un tel rassemblement ?

Preuve que la préfecture avait pressenti les débordements possibles, une
vingtaine de cars de CRS avait été mobilisée pour quadriller le quartier
Saint Jean. Mais à part quelques regards hostiles et quelques cris
d’approbation au discours fasciste, les manifestants n’occasionnent aucune
violence physique.

Samedi 14 mai, vers 23h30-minuit, les CRS sont rentrés à la caserne.
J’arpente alors de la Croix-Rousse, accompagnée de deux amis, à la recherche
d’un bar pour écouter un peu de musique live et boire un verre. Une soirée
dans la bonne humeur, tout ce qu’il y a de plus banal. A priori. Notre choix
se porte sur le Phoebus, rue Pouteau. Avant de passer la porte, nous nous
asseyons quelques minutes sur les marches au croisement de la rue des Tables
Claudiennes et de la rue Pouteau, juste en face du café-concert. 

Ces quelques minutes suffiront à faire basculer la soirée dans l’extrême
violence. Nous assistons effarés, au début du débordement. Cinq ou six
jeunes hommes (25-30 ans) sortent du Phoebus, bouteille de bières vides et
verres en main. Ils commencent à échauffer les deux videurs. Puis ils
jettent furieusement leurs bouteilles et verres sur la vitrine du bar. Ils
sont très rapidement rejoints par une vingtaine d’autres hommes qui
déboulent de la rue des Tables Claudiennes et du bas de la rue Pouteau, en
vociférant des propos racistes accompagnés de saluts nazis. Le groupe se
déchaine pour saccager l’entrée du bar et frappe les videurs, et quelques
personnes présentes à l’entrée.

Pendant ce laps de temps ultra-rapide, nous sommes restés là, en face,
ahuris face à cette vague de violence soudaine et gratuite. Jusqu’à ce que
l’un d’entre eux détourne son regard vers nous, seuls témoins oculaires
proches de la scène. L’homme trapu, aussi âgé d’à peine trente ans, traverse
la rue pour s’en prendre à l’un de mes amis « B » . Il lui flanque un coup
de pied dans les côtes en criant des mots inintelligibles. Sous la pression
du coup, mon ami s’écroule sur le trottoir. La tête heurte le bitume la
première. Restée derrière lui, je panique et commence à supplier son
agresseur d’arrêter. « B » semble inconscient. Par peur qu’il ne s’acharne
(à cet instant, il est en plein délire, il bouge frénétiquement jambes et
bras), je m’allonge sur « B » en continuant à crier ou pleureur ou les deux
à la fois. Au même moment, mon deuxième ami « R » gravit les marches pour se
protéger. L’agresseur se met alors à sa poursuite, réussit aussi à lui
flanquer un coup de pied dans le dos avant de renoncer. Toujours accroupie
sur « R », j’assiste à une deuxième scène atroce. Un passant, remontant la
rue des Tables Claudiennes, se fait littéralement « prendre en sandwich »
par trois hommes du groupe. Ils lui assènent des coups au visage, dans les
côtes et au ventre. Il s’écroule au sol lui aussi, à un mètre de ma jambe
droite. Du sang dégouline de sa mâchoire. J’essaie de reprendre mes esprits
pour faire un meilleur constat ce qui se passe…

Le reste du groupe de « skinheads » continue à détruire la façade du bar.
Des habitants, que le bruit des heurts a alerté, se sont pressés aux bords
des fenêtres et balcons. J’entends des voix qui martèlent « Appeler la
police, appeler la police ! ».  Une deuxième question amère me taraude : où
est donc passé le bataillon de CRS ?

Inquiétés par les cris des habitants, la troupe de skinheads se disperse.
Une partie descend la rue Pouteau, une autre s’éparpille dans la rue des
Tables Claudiennes. En une fraction de secondes, la rue redevient déserte et
je peux enfin constater l’ampleur du désastre. La vitrine du Phoebus est
complètement ravagée, les deux videurs sont sonnés, le patron du bar hagard,
le passant passé à tabac tremble et « B » est toujours inconscient. Les
clients du bar, restés l’intérieur pour éviter les violences, sortent pour
nous rejoindre. On attend déjà les sirènes qui résonnent dans les pentes de
la Croix Rousse.

Cinq minutes plus tard, policiers et pompiers quadrillent les lieux et
prennent en charge les deux blessés. Quelques témoignages sont récoltés,
entre pleurs et crises de nerfs. « B », resté inconscient jusqu’alors,
reprend lentement connaissance avant d’être amené à l’hôpital Saint
Luc-Saint Joseph.

Je repense aux émotions qui me tiraillent à ce moment là. Partagée entre un
sentiment d’incroyable injustice et de peur face à cette percée flagrante et
inhumaine de violences poussées à leur paroxysme par la haine de « l’autre
», par le rejet abject de « la différence »… Où sont passées les valeurs
fondamentales « Liberté, Égalité, Fraternité », socle identitaire de notre
République démocratique ?

Dimanche 15 mai. Après une nuit à l’hôpital, « B » apprend qu’il a souffert
d’un traumatisme crânien, heureusement bénin. Il a dû subir deux IRM et a
reçu un ITT de 7 jours. Je pense à l’autre victime et espère qu’il n’a pas
souffert de blessures graves et qu’il se porte bien aujourd’hui.

Nous avons porté plainte mardi 17 mai. Je suis toujours en attente d’une
convocation au commissariat pour la déposition de mon témoignage. Mais nous
ne cèderons pas. Cette journée et cette nuit du 14 mai ne peut et ne doit
être passée sous silence. Le mutisme médiatique et politique (la préfecture
se doit de prendre ses responsabilités !) est insoutenable à mes yeux. Pour
les faits : entre dimanche 15 et lundi 16, plus de 300 dépêches AFP tombent
sur l’affaire DSK. Contre une seule sur la rixe lyonnaise...

J’ai problablement employé des mots forts, mais je suis convaincue en mon
for intérieur qu’ils sont à la hauteur du drame. Ce drame, c’est la
propagation insidieuse (quoique) mais réelle d’une nouvelle idéologie
fasciste. Ce drame engage notre pays sur le long voire le très long terme.
Alors j’en appelle à la conscience de chacun, mobilisons-nous ! » 

En vous remerciant de tout l’intérêt porté à mon témoignage, je reste à
votre entière disposition pour toute information ou pour participer, par
n’importe quel biais que ce soit, à votre combat légitime.

C.

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